Philippe Charlopin

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Philippe Charlopin : l'homme de terrain


 

> Domaine à Gevrey-Chambertin, en Côte de Nuits.  Interrogez Philippe Charlopin sur les disparités du vignoble et il vous répondra : « Il faut savoir si on joue en première division ou en quatrième série. L’important finalement, c’est d’être bon dans sa catégorie. Il y a des domaines qui ne peuvent plus monter en division supérieure, ça a été mon cas d’ailleurs... Pour faire de la qualité, il faut s’en donner les moyens et avoir du caractère. Le pinot ne supporte pas la médiocrité, soit il nous ébahit, soit il nous déçoit. Il n’y a pas de juste milieu. »
Le viticulteur de Gevrey-Chambertin aurait pu/aurait dû faire carrière dans le sport. Son père, propriétaire d’un petit domaine de 1,5 hectare, ne souhaitait pas le voir suivre le même chemin. Philippe Charlopin se voyait bien « prof de sport » mais ne se faisait guère d’illusions : « Je n’étais pas très fort dans les études. Alors j’ai fait vigneron ». Pas de vocation, juste la destinée. Après c’est le cursus classique : deux ans au CFPPA (centre de Formation Professionnelle et de Promotion Agricole) de Beaune et pas mal d’expérience emmagasinée ici et là. Première « vinif » en 1976 et premières acquisitions de vigne en 1977, en complément du domaine familial. Vingt-cinq ans plus tard, « nous avons monté un domaine de 18,5 hectares, avec 25 appellations dont huit grands crus » (100.000 bouteilles dont 60 % à l’export pour un chiffre d’affaires de 1,2 million d’euros).
"TOUTOUNE" POUR LES INTIMES
À Gevrey, on le surnomme « Toutoune ». Un sobriquet qu’il doit à une voisine venue aider sa mère à accoucher – il est l’un des derniers habitants de Gevrey à être né à domicile – et qui l’a aussitôt baptisé « joli Tounet ». Toutoune, donc, est aujourd’hui une « pointure » dans le paysage bourguignon. Pas étonnant que le constructeur savoyard Maurice Giraud, qui vient de s’offrir les 21 hectares du château de Pommard, lui laisse les clés du domaine. Un rôle de consulting pour redonner à ses vins tout le prestige qui leur est dû. Certains propriétaires ne se gênent plus pour faire appel à son « expertise » dans la vinification et « monter ainsi d’une division ». Des partenariats connus mais… « discrets ».


Adepte de Robert Lautel, « un géologue reconnu », et d’Henri Jayer, son « maître à penser », Philippe Charlopin dit avoir « une approche tournée vers le sol ». Intarissable, le viticulteur précise sa philosophie : « Je fais du cas par cas. Car un chambertin ne se vinifie pas de la même manière qu’un clos vougeot. Idem pour l’élevage ». Climatologie, géologie… Philippe Charlopin ne laisse plus rien au hasard : « Il est impossible de faire de grands vins sur des terres à betteraves ou d’essayer d’augmenter les rendements. Au risque de ne plus reconnaître le sol mais uniquement le cépage, c’est ce qu’on appelle le variétal, avec des vins de cépage très appréciés des Américains ». Et le hasard fait souvent bien les choses : « Tous les grands crus sont exposés à l’est entre 100 et 275 mètres d’altitude (à part corton-charlemagne) », explique Philippe Charlopin. Il transmet aujourd’hui son savoir à son fils, Yann ; le duo fait déjà des étincelles, note Bourgogne Aujourd’hui ! Une bonne nouvelle pour les adeptes de la patte Charlopin.
> Prochain rendez-vous avec Jean - Marc Roulot, viticulteur à Meursault