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Anne-Claude Leflaive, domaine Leflaive, à Puligny-Montrachet
> Par Anne-Claude Leflaive, tiré du livre Le Terroir et le Vigneron de Jacky Rigaux aux Éditions Terre en vues Á mon arrivée au Domaine Leflaive en juin 1990, j'ai décidé de tenter une expérimentation en biodynamie, sur une petite surface du vignoble. J'avais déjà pris conscience, depuis plusieurs années, des problèmes engendrés par les traitements agressifs administrés à la vigne et au sol et les déséquilibres que cela provoquait. J'avais constaté les manques de solution pour lutter contre les maladies et les ravageurs et le bilan désastreux de ces effets sur l'état du sol et des vignes. J'ai donc décidé de trouver une solution qui respecterait le sol, la plante et l'environnement. Á l'époque, je ne connaissais rien à la biodynamie. Mais j'étais si convaincue de l'urgence, que le ciel a dû m'entendre et en 1989 ma route a croisé celle de Claude Bourguignon, invité à une journée « portes ouvertes » par Jean-Claude Rateau, un des premiers vignerons biodynamistes en Bourgogne. Claude tenait des propos alarmistes sur l'état des sols viticoles et comparait l'activité microbienne de nos sols à celle des sols du Sahara ! Ce fut un véritable choc qui me donna l'impulsion nécessaire pour mettre en place des essais dans les vignes du domaine. Le premier fut réalisé sur un hectare et réparti sur les appellations Bourgogne (Houlières), Village (Les Grands Champs), 1er Cru (Clavoillon) et Grand Cru (Bienvenues Bâtard-Montrachet), soit 5% de la surface totale. |
| Évolution ou révolution ? Avec Pierre Morey, Maître de Chais, depuis 1989, nous étions d'accord sur la nouvelle direction à prendre. J'ai cependant ressenti le besoin d'avoir le point de vue de mon père, en 1991. Il avait alors 81 ans. En tapant sur le plateau du bureau, il m'a dit : « il faut continuer ! » Quelle clairvoyance et quelle hauteur de vue d'avoir compris l'importance de cette révolution culturelle, lui qui avait connu l'engouement pour la viticulture productiviste. En 1981, on passa à trois hectares et en 1997 nous en étions à sept en bio-dynamie et à 15 hectares en biologie. Après un cycle de sept ans, on s'est posé la question : culture biologique ou culture bio-dynamique ? sachant que la viticulture chimique avait été complètement abandonnée. J'ai réuni l'ensemble des vignerons sous la responsabilité de Claude Bidault et je leur ai demandé de choisir. Ce fut la bio-dynamie. Les vingt deux hectares de la propriété sont donc convertis à cette méthode culturale depuis octobre 1997. J'avais bien sûr également besoin de l'aval des actionnaires familiaux du domaine : ils m'ont apporté leur soutien. Le millésime 1996 offrit des vendanges magnifiques avec une maturité superbe des raisins, qui donnèrent des vins d'une rare complexité au potentiel de garde impressionnant, épousant parfaitement les nuances des terroirs. La récolte du millésime 1998, très délicate - un des millésimes récents les plus problématiques au niveau climatologique - fut exceptionnelle : une réussite remarquée de tous ceux qui ont goûté nos vins. Les vignes avaient retrouvé leur force, leur immunité naturelle... |
| Nos actionnaires comme nos clients se sont aussi inquiétés : n'allions-nous pas changer le style des vins du Domaine Leflaive ? C'est un fait que les vins, au début, paraissaient plus rustiques, moins fins et moins élégants donc. Mais cela venait sans doute du changement opéré par le nouveau travail de la vigne. Et tous nos clients ont été séduits par la réussite incroyable en ce millésime délicat que fut 1998. |
Sans qu'on en ait pris conscience, notre comportement a changé. La viticulture chimique est une méthode de lutte, comme les techniques d'intervention génétique d'ailleurs. On soigne les effets, les symptômes... Avec la bio-dynamie, on soigne les causes en instaurant à nouveau un équilibre de la plante, de la flore et de la faune. La plante retrouve sa force, sa capacité de résistance face aux attaques diverses : champignons, parasites... " Volontariste, avec des convictions éclairées par une large culture, passionnée, avec une rigueur inflexible, Anne-Claude Leflaive a démontré, en quelques années, qu’une viticulture respectueuse de l’équilibre des sols et des rythmes de la nature, accouche de raisins à l’équilibre souverain, savoureux et sains, qui expriment avec une précision extraordinaire les caractéristiques de chaque climat. Pureté, élégance, force, intensité, consistance, persistance aromatique, tenue à l’air exceptionnelle… Voilà de très grands vins de terroir qui vieillissent admirablement ", conclut Jacky Rigaux en évoquant Anne-Claude Leflaive. |

Á mon arrivée au Domaine Leflaive en juin 1990, j'ai décidé de tenter une expérimentation en biodynamie, sur une petite surface du vignoble. J'avais déjà pris conscience, depuis plusieurs années, des problèmes engendrés par les traitements agressifs administrés à la vigne et au sol et les déséquilibres que cela provoquait. J'avais constaté les manques de solution pour lutter contre les maladies et les ravageurs et le bilan désastreux de ces effets sur l'état du sol et des vignes. J'ai donc décidé de trouver une solution qui respecterait le sol, la plante et l'environnement. Á l'époque, je ne connaissais rien à la biodynamie.
Sans qu'on en ait pris conscience, notre comportement a changé. La viticulture chimique est une méthode de lutte, comme les techniques d'intervention génétique d'ailleurs. On soigne les effets, les symptômes... Avec la bio-dynamie, on soigne les causes en instaurant à nouveau un équilibre de la plante, de la flore et de la faune. La plante retrouve sa force, sa capacité de résistance face aux attaques diverses : champignons, parasites...