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Portraits de ceux et celles qui font la Bourgogne

Publié le 15/12/2009
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Frédéric Mugnier, l'amoureux de Chambolle-Musigny

Le domaine Mugnier est devenu une référence internationale. La faute à l'ancien ingénieur et pilote de ligne qui a repris les choses en main depuis 1978. Ses vins sont aujourd'hui parmi les plus prisées de la planète.

Frédéric Mugnier

Chez les Mugnier, on a toujours cultivé le goût de la double casquette. Déjà en 1863, lorsque Frédéric Mugnier fonde le domaine, il doit s’attacher à faire fructifier le domaine familial d’un côté (Château Chambolle-Musigny) et l’activité de liquoriste qu’il monte alors à Dijon. La tradition se perpétue chez les Mugnier. Et ce, même si en 1950, la conjoncture n’est pas très bonne et que les liqueurs sont finalement vendus au groupe Boisset. Le domaine quant à lui, s’est toujours transmis de père en fils. Même si les 20 hectares de vignes étaient parfois laissés en fermage (un contrat de location est alors signé avec un vigneron pour une durée déterminée).  Mais il est désormais coutume pour un descendant de revenir vaquer aux occupations du domaine. La vigne n’a plus rien d’une sale besogne. Les vins sont devenus avec l’apparition de la vente à la bouteille et la mise en place des AOC une affaire rentable.


Une carrière de pilote de ligne
Pourtant tout n’était pas gagné lorsque Frédéric Mugnier reprend les vignes de son arrière grand-père et de son père Jacques-Frédéric, en 1978. L’ingénieur, parti la plupart du temps à l’étranger sur des plateformes pétrolières, a dû enfiler les bottes et le bleu de chauffe pour remettre le domaine en état. Mais cela ne l’arrête pas. Il avait tout simplement envie de changer de vie après avoir passé des années dans le pétrole, dont deux aux Émirats arabes où la culture française lui manque rapidement. En Bourgogne, il retrouve donc le terroir. Les pieds dans la terre, Le néo-vigneron qui a « traîné », dit-il, au lycée viticole s’est pris de passion pour le domaine familial. « Au départ, j’étais venu pour vois ce qui se passait au domaine. J’ai pris un congé sabbatique, je suis allé goûté chez les uns et chez les autres et je ne suis jamais reparti », raconte-t-il.

Frédéric Mugnier
Ce qu’il omet presque de signaler, c’est que pendant dix ans, de 1990 à 2000, il reprend la vieille tradition de la double casquette, en exerçant le métier de pilote de ligne : Air France, Air Inter, Air Liberté… Mais en 2000, il s’arrête pour se poser sérieusement au domaine et être prêt pour 2004, date à laquelle le fermage du Clos de la Maréchale prend fin avec la maison Faiveley. La Maréchale, premier cru renommé de Nuits-Saint-Georges revient elle aussi au bercail et  marque le début d’une nouvelle ère au domaine Mugnier, celle que Frédéric a baptisé « la renaissance ».

Pendant ses escales, il s’attache à travailler le sol, la vigne. Il est un des premiers, en 1985, à supprimer les engrais… avant de s’attaquer aux désherbants et pesticides, il reprend le labour… Résultat : dans la deuxième moitié des années 1990, la vigne retrouve son « équilibre biologique ». Elle devient même prolifique, trop prolifique. « Pas facile, pas très maîtrisée aussi », avoue Frédéric Mugnier. Un problème que soulève sans tabou le viticulteur : « nous avons dû faire face à un problème de vigueur excessive. Nous sommes obligés de faire des vendanges vertes [ndlr : faire un premier tri au début de l’été pour enlever des raisins et ne garder que les meilleurs] et ce n’est pas normal. Les vignes ont été habitués à vivre dans des sols pauvres et empoisonnés, aujourd’hui il faut qu’elle s’habitude à retrouver des sols riches et sains».

Et le travail a fini par payer : « maintenant, c’est magique, annonce-t-il le sourire aux lèvres. Je n’arrache plus les vieilles vignes, elles sont plus jeunes d’année en année et produisent plus...»  Les vins du domaine (lire ci-dessous) quant à eux s’arrachent bel et bien, notamment à l’export où les 60.000 bouteilles (produites sur14 hectares à Chambolle-Musigny et Nuits-Saint-Georges) partent sans condition.

BU LÀ-BAS

:: Bonnes Mares grand cru 2008
Trente six ares… et un seul style pour ce vin droit et ferme. Grand parmi les grands, bonnes mares se fait rare, entre 900 et 1.500 bouteilles, pas plus. On ferme les yeux, on déguste, c’est long et ample, que du bonheur. 

:: Chambolle-musigny « Les Amoureuses » 2008
Certainement un des vins les plus recherchés, une tête de cuvée qui participa à faire la renommé de la maison. « Personne aujourd'hui n'en a proposé une explication capable de nous convaincre vraiment », explique Frédéric Mugnier. Qu’importe ce premier cru est hors norme, intouchable malheureusement et pourtant incomparable. 

:: Musigny grand cru 2008
On touche au sublime avec ce grand cru. Le domaine est tout heureux de compter sur une parcelle de 1 hectare et 14 ares, entièrement située dans la partie dite « Grand-Musigny ». C’est un vin suave, rond, gourmand mais avec une puissance assez exceptionnelle. Et quelle longueur. Frédéric Mugnier aime les vins fins, élégants, aériens… et par dessus « l’harmonie » des arômes et de la structure. « Si on arrive à lister les arômes indépendamment, c’est qu’il n’y a pas d’unité. Dans un grand vin, tout doit être fondu, indescriptible et digeste », précise le vinificateur de l’un des plus grands crus rouges. 
La Maréchale Mugnier

:: Nuits-Saint-Georges premier cru La Maréchale 2008
La Maréchale a quelque chose de symbolique pour Frédéric Mugnier. Longtemps laissée en fermage (53 ans), elle est redevenue propriété exclusive de la famille. Le 1er novembre 2003, le domaine est ainsi passé de 4 à 14 hectares. Le Clos de la Maréchale est une parcelle de 9,76 hectares. C'est le plus grand monopole en Côte d’Or. Ce nuits Clos des fourches, qui fut rebaptisé à la fin du XIXe siècle pour devenir Clos de la Maréchale est un vin droit, structuré et inflexible, sans doute le (bon) contraire des Amoureuses. Il faut savoir attendre La maréchale mais l’on reste conquis par l’équilibre, , pardon, l’harmonie, trouvé dans ces vins.


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Valentine 15/12/2009 c'est toujours passionnant de découvrir ceux qui se cachent derrière l'étiquette.
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