Il a repris le domaine paternel sans aucune pression. À 39 ans, Yann a pris la place de Bernard et remplacé les étiquettes en apposant son prénom. « Mon père avait créé le domaine, je l’ai repris en 1996 pour faire de la bouteille [ndlr : 100 000 bouteilles en moyenne chaque année, dont 70% vendues à l’export] et non plus du vrac. La passation s’est faite en douceur », raconte le viticulteur, en deux petites années. Yann Chave n’a pas pour habitude de se compliquer la vie, le sourire aux lèvres, il explique que le vin est une histoire de convivialité, qu’il n’a rien inventé, qu’il se « contente juste », de faire des vins « d’une bonne buvabilité ».
20 hectares dont 18,5 rien que pour Crozes-Hermitage
Installé à Mercurol, petit village de la vallée du Rhône septentrionale, tout près de Tain-l’Hermitage, le domaine Yann Chave compte 20 hectares, dont 18,5 hectares rien que pour la seule appellation Crozes-Hermitage, son best-seller. Le reste permet de produire un superbe Hermitage, sa cuvée haut de gamme. Le viticulteur est progressivement passé à la lutte en bio et privilégie le travail sur la vigne qui lui garantit des raisins sains. « En cuverie, j’ai également évolué, dit-il. J’essaie de ne pas trop intervenir sur les vins, selon la méthode bourguignonne, mais la syrah n’est pas aussi simple que le pinot noir. Ce cépage exige beaucoup plus de travail et une grande précision lors de l’élevage… sinon on peut vite tomber sur ce côté très animal ».
Yann Chave aime « la netteté » et « la franchise ». Très marqué par le côté très alcooleux du millésime 2003, année de la canicule, le viticulteur cherche aujourd’hui à faire des vins plus faciles, plus légers, plus gourmands. « J’aime, dit-il, les vins des Côtes du Rhône du nord pour leur puissance mais aussi pour leur acidité, des vins qui se terminent une fois que la bouteille est ouverte. Quand on boit du vin, il faut faire passer un message culturel. Le vin est un produit de gourmet, de gourmands, qui se déguste et qui permet de passer un moment de convivialité. Malheureusement, il a tendance à s’aristocratiser pour ces mêmes raisons », regrette le viticulteur qui s’inquiète d’en faire un produit trop élitiste à son goût. Lui ne se pose pas trop cette question, ses vins sont très largement appréciés, et pas simplement par les amateurs de syrah.
D’ailleurs, Yann Chave n’est pas du genre à « se prendre la tête ». Lorsqu’on lui deande comment il voit l’avenir, s’il a des projets, des envies… il répond tranquillement : « le problème, c’est que j’ai pas d’envies particulières. Je suis bie n dans mon domaine. J’ai la chance de faire des vins qui se vendent bien. Mon entreprise est à taille humaine, poursuit-il, elle me permet d’aller travailler dans mes vignes ». Ce qu’il ne pourrait plus faire s’il se diversifiait, par exemple dans une activité de négoce.