
![]() Le respect de l’environnement ? Pour Nicolas Potel qui vient d’installer son domaine à Beaune, c’est plus qu’une priorité, c’est un état d’esprit. Et il n’est pas le seul : Bruno Clavelier à Vosne-Romanée, Anne-Claude Leflaive à Puligny-Montrachet, le domaine Arlaud à Morey-Saint-Denis, Jean-Claude Rateau à Beaune... Toute génération confondue, la Bourgogne se met donc au vert. L’ambition de Nicolas Potel ? Faire tout ce qui est possible pour redonner une âme à la vigne. La plupart des vignes du jeune domaine Potel sont en location mais ce sont les employés du domaine qui les surveillent tout au long de l’année. Et les bichonnent avec les préceptes de la démarche bio. Et tout y passe : la peinture sur les murs, les bouchons cirés pour éviter les capsules en plastique, la chaudière qui utilisera prochainement les sarments du domaine, la récupération des eaux de pluie… Nicolas a même, avec la maison Champy et Nicolas Rossignol, un projet de lagunage qui leur permettra de retraiter les eaux usées de leurs domaines. Bref, ici Nicolas ne laisse rien au hasard. Pas non plus de produits œnologiques dans les vins, que des levures naturelles, et pas de filtration. Il sait que les producteurs bio ont une étiquette de donneurs de leçons ou de farfelus qui en profitent, au passage, pour vendre le bon plus cher. Lui préfère évoquer ses convictions. S’il s’est lancé en solo dans cette aventure c’est seulement pour mettre sur pied sa vision de la viticulture. « Si on est bio à 90 %, cela ne veut rien dire, explique le vinificateur. Selon moi, la lutte raisonnée, c’est de la poudre aux yeux. Un viticulteur ne peut pas être bio seulement quand ça l’arrange. Je les entends dire que, pendant certaines années difficiles, ils sont obligés de traiter. Cette année, qui fut pourtant difficile [ndlr : avec des conditions climatiques compliquées pour les vignerons qui ont dû faire face aux attaques du mildiou et de l’oïdium, deux champignons de la vigne], nous sommes passés sans le moindre problème. Il n’y a pas de secret, il faut être extrêmement vigilant et surveiller constamment sa vigne pour pouvoir anticiper. C’est sûr, cela impose d’être dans ses vignes le dimanche. En bio, les 35 heures et les week-ends au ski, il faut oublier. » C’est sur la base de ses convictions qu’il compte développer son domaine. Aujourd’hui, 70.000 bouteilles partent de Beaune, principalement pour l’export mais il réserve tout de même quelques bouteilles pour le marché français. De 15 hectares récoltés, le domaine passera vite à 23 hectares. Toujours avec cette notion des rendements bien maîtrisés et ces vieilles vignes qui, selon lui, permettent de cultiver la différence avec les vignobles du nouveau monde. Au-delà du débat qui s’engage entre les pro- et les anti-bio, les amateurs, eux, ne savent plus trop à quel vin se vouer. Ceux de Nicolas Potel sont bons, c’est déjà une bonne base. Existe-t-il finalement un goût bio comme c’est le cas dans les légumes ? Il y a, dixit Nicolas, plus de complexité aromatique dans les bio. Mais, le bio n’est pas reconnaissable aujourd’hui, il le sera peut-être demain, quand on aura plus de recul, quand la nature aura repris ses droits et que les viticulteurs auront pris leurs aises avec cette « nouvelle » approche. Et le consommateur dans tout ça ? Il y a ceux qui vont chercher à savoir et ceux qui s’en moquent royalement. Seuls arguments valables pour ces derniers : le prix, toujours le prix, et le goût. Mais s’il n’y a pas encore de goût bio clairement identifié, les amateurs reconnaîtront les yeux fermés quand un vin est bien fait. Réagissez |