Les nanas du WEB
Elles sont jeunes, mignonnes et souvent drôles. À l’image d’Aurélia Filion qui a créé Bu sur le Web. Quand les femmes s’emparent de la dégustation de vin, cela donne souvent des chroniques décapantes. Une petite révolution qui a pris forme sur le Web.
Elles ont le charme d’une Nana de Zola. Comme l’héroïne du roman, elles affolent le petit monde tranquille du vin. Leur prose a fait mouche, leur style s’est affirmé, s’est imposé même, avec l’arrivée du média internet. Des femmes qui dégustent du vin et chroniquent online, c’est une tendance nouvelle, débarquée sur nos petits écrans avec l’émergence des blogs. Facilement, ces dames ont pu créer leur page, cassé les codes. Le langage est, disons, familier, voire décalé. Mais ça marche. En quelques années, certaines d’entre-elles sont devenues des personnalités, parfois aussi reconnues que certains dégustateurs de la respectable presse écrite. C’est le cas d’Aurélia Filion qui a frappé un grand coup avec ces chroniques venus du Canada. Face caméra, la jolie blonde débouche une bouteille et secoue le vin énergiquement, s’enfile une bonne gorgée puis recrache dans un seau bleu flashy… et commente avec une certaine nonchalance. Le discours est pro, précis, avec un accent québécois détonnant. « Je suis folle de vins, indique l’ancienne sommelière d’un restaurant. Comme certains craquent devant un Rothko, devant un film de Godard ou à lecture de Proust. Tout comme d’autres s’effondrent devant la plus belle robe ou à la simple vue d’une paire de souliers vintages dénichée dans la boutique la plus hot de New York City, moi je pétille à l’idée de goûter le bon, le vrai. Je craque pour les vraies bonnes bouteilles ». Trop de Québécois boivent des vins « dégueulasses ». C’est en découvrant les grands vins dans son cercle privé qu’elle a l’idée d’ouvrir son blog.
La star du Web
Et depuis Bu sur le Web cartonne. Plutôt cocasse qu’une Canadienne connaisse un tel succès, même en France. Il faut dire que son origine est finalement une chance. En France, la loi Evin ne permet pas une liberté. Un paradoxe. Si la France est le pays du vin, le Canada est quant à lui le pays d’un monopole, celui de la SAQ qui impose des règles très contraignantes en matière de commercialisation des vins. Aurélia Filion profite de cette liberté de ton qu’elle partage à l’écran dans un style qui lui est propre. On l’a dit pétillante, pleine d’esprit, très bonne dégustatrice surtout. Un vrai vent de fraîcheur venu de Montréal. « Je goûte avec mes tripes bien avant de me demander si tel ou tel vin est “concentré” ou “équilibré”, je goûte pour partager, pour parler et surtout pour passer un bon moment. Je n’aime pas trop “snobiser” et je préfère franchement partager, pendant une grande soirée, une bouteille qui émeut que de parler, pendant une trop longue soirée, d’une étiquette qui se veut ». En clair, Aurélia Filion boit tout haut ce que les autres disent tout bas. Dans le petit monde très conventionnel du vin, Bu sur le Web fait office d’ovni. Son blog dépoussière les dégustations de vin et confirme l’intérêt d’un parler plus vrai. Comme pour le vin lui-même, ses fans apprécient l’authenticité.
► http://busurleweb.com
► La libération des blogueuses
Aurélia Filion n’est pas seule sur la toile. Comme elle, d’autres blogeuses apportent leur touche personnelle. Hébergée par le site du journal Le Monde, « Les tribulations vinicoles de Miss Glouglou », alias Ophélie Neiman, journaliste indépendante, font aussi un joli buzz sur internet (http://missglouglou.blog.lemonde.fr). Les vidéos sont décalées et débridées, le ton est volontairement léger. Le contenu ne remet pas en cause le fond mais s’attache à révolutionner la forme.
L’Express a lui aussi son blog décalé féminin. Miss Vicky Wine, apporte en ligne sa « wine touch ». Originaire du Beaujolais, son style s’est affirmé d’abord en langue anglaise. Créé en 2009, www.missvickywine.com, elle emmène les internautes en voyage à travers une bouteille.