À Paris, on a la foire de Paris, du Trône aussi. À Dijon, j'ai découvert la foire gastronomique. C'est pas vraiment la même. Ils m'y ont emmené cette année. Il paraît qu'on ne sait jamais pourquoi on la fait mais qu'il faut la faire, c'est comme ça. Ils sont compliqués parfois ces Dijonnais.
> Bon alors, on y va ce soir ?
> Ah non pas ce soir, faut attendre la nocturne.
> Ah ?
Enfin cela dit, la nocturne ils la commencent à 18 heures, ils sont fous ces Dijonnais, ils pensent qu'à bouffer et à boire. Pas étonnant qu'ils aient une foire entièrement consacrée à ça. Mardi soir, on se pointe donc devant l'entrée. On m'avait prévenu que ça me ferait un choc mais je ne m'attendais pas du tout à ça. L'odeur nous prend aux tripes dès que l'on passe la porte, et ça pue les tripes justement ou l'andouillette mélangée à la frite, aux escargots à l'aïl, à la choucroute. Si Rabelais était encore debout, il viendrait à la foire de Dijon, c'est sûr. Je connaissais l'ambiance merguez du Parc des princes, je découvre l'arôme andouillette grillée de Dijon. Mais on s'y habitue vite. Après, il faut juste jeter ses vêtements, se laver, surtout les cheveux...
Mais elle est marrante cette foire de Dijon. On sait très vite, paraît-il, que c'est la foire à Dijon. Le temps de novembre d'abord, la fumée aux abords du stade, pardon du palais des expositions, mais surtout les gens qui déambulent dans les rues avec d'étranges balais miracles oranges fluo. Les cons, ils se sont fait rouler !
Donc, regardez bien, l'orange dans les rues annonce le début de la foire à Dijon.
On se moque mais cette année, il y avait une nouveauté, ils ont invité des chefs étoilés. Pour faire plus gastro. C'est une bonne idée. Moi je me suis fait invité chez Bernard Loiseau. Sauf qu'il était pas là et que moi comme un gros bête, j'ai demandé pourquoi. Je me suis pris un sacré coup de coude dans les omoplates. Même que ça me fait encore super mal encore aujourd'hui, vous savez c'est juste sur le petit os là.
Enfin bref, il paraît que j'ai encore dit une connerie, que je ferais mieux de la fermer, surtout devant madame Loiseau, qu'elle peut super mal le prendre. Mais moi j'en savais rien du tout. Du coup, ça m'a un peu gâché le début du déjeuner. Mais pour s'excuser, mes copains ils m'ont payé un verre de je ne sais plus quoi... ah oui j'ai un truc pour retrouver, c'est le nom d'un groupe des années 80, le chanteur était roux... The Communards ! Vous connaissez ? Après ils se sont sûrement engueulés et il a continué tout seul, Jimmy Somerville. Enfin voilà quoi, on a bu un communard, du vin rouge avec du cassis. C'est drôlement bon ce truc, c'est une nouvelle crème de cassis avec du pain d'épices dedans. Super ! Du coup, on en a rebu un, j'étais complètement rond à table, je ne me rappelle plus très bien ce qu'on a mangé. Y'avait du poulet je crois. Mais c'était vachement bien, nous étions au calme et loin du fumé de l'andouillette. Et puis, madame Loiseau, elle est très sympa, elle ne m'en a même pas voulu.
Après, j'avais plus faim et la tête qui tourne un peu. On s'est baladé dans les allées, c'est dingue tout ce qu'il y a à manger et à boire. On s'est mangé une petite crêpe au Grand Marnier, ça m'a rappelé quand j'étais petit, en Bretagne, avec ma grand-mère, on avait droit à une seule goutte sinon on risquait d'être malade après. Je comprends ce qu'elle voulait dire aujourd'hui mamie, moi j'ai eu peur d'être malade quand ils ont commencé à boire de l'alcool brésilien. J'ai pas trouvé de truc mémo technique celui-là pour m'en rappeler. Enfin, on est allé se faire voir chez les Grecs. Elle est bonne celle-là ! Il paraît que c'est l'invité officiel mais j'ai pas bien compris à quoi ça servait d'inviter un étranger au milieu des andouillettes et des escargots. Et puis on a fini par monter parce que je me demandais bien ce qu'il pouvait bien y avoir là-haut. Une fois au premier étage, c'est vraiment impressionnant. On voit toutes les fumées des fourneaux remonter pour former un léger brouillard ambiant. Il faut voir ça une fois dans sa vie. Je me suis dit que c'était peut-être ça finalement les émissions de gaz à effet de serre et qu'il n'y avait pas que les usines qui polluaient. Combien d'andouillettes faudra-t-il avant qu'on comprenne que la terre est en train de partir en fumée ? Je vais peut-être monter une association de protection de la planète contre le réchauffement de l'andouillette et me faire des Tee-Shirt. J'écrirais : « Save the planet, don't eat andouillettes ! » Vous me rejoignez ?