C'est un peu le cœur de Beaune qui bat ici. En fait, c'est le rédac chef de Divine qui m'a conseillé de commencer ma chronique comme ça. Mais je trouve que ça fait con de démarrer avec cette expression de journaleux. Mais c'est vrai qu'il n'a pas tout à fait tort quand même car ce petit bistrot du boulevard Bretonnières, tout près de la moutarderie Fallot, c'est le vrai visage de Beaune. Oui, car le vrai Beaunois se cache à l'écart du faste du centre-ville. On est loin du côté bling-bling qui s'affiche en ville. Et pourtant, nous sommes à deux pas seulement du premier étoilé, Le Benaton de Bruno Monnoir.
Mais pourquoi envoyer les touristes dans les attrape-touristes alors qu'ici tout y est ? Et à 12 euros le menu (le resto ne sert que le midi) s'il vous plaît. Qui dit mieux ? C'est sûr qu'à ce prix là, vous n'allez pas vous faire des copains dans le « vrai » Beaune. Moi, ce qui me fait marrer, c'est que c'est un véritable troquet à l'ancienne. Les Beaunois, ils disent que c'est un routier. On s'en fout comment il faut l'appeler, moi ça me plaît. Les clients, ils ont tous un ptit nom, y'a Dédé, Titi, Fifi... On y cause foot, on parle de la dernière apparition de Lorie. Bref, on y refait le monde, enfin la France plus exactement.
En plus, c'est trop top, la nappe, c'est la même que chez ma tata Odette : une toile cirée avec des nouilles ! Et dans les toilettes, tout au fond de la cour, le savon, il sent le citron comme les savonnettes de mon école primaire. Et surtout, y a Fifi, un habitué, qui se fait engueuler parce qu'il ne veut pas manger de fromage aujourd'hui. Alors les autres, ils rigolent et se moquent, ils disent qu'il fait son régime parce qu'il est amoureux de la boulangère. Et puis il y a Gaby. À 77 ans, il est toujours là. Lui, il a vu les Ricains débarquer pour la libération de Beaune en 1944 et il raconte qu'il leur servait déjà des canons...
Au mur, c'est marrant, j'avais jamais vu ça : il y a un puzzle des Hospices de Beaune encadré et verni pour qu'il tienne au mur. Le patron, Loïc Le Payen, qui fêtera ses 30 ans de boutique, il explique même qu'un jour, un touriste a voulu lui acheter mais lui, il a refusé parce qu'il est le seul au monde à avoir fait ça. Ils sont cons ces touristes quand même, acheter un puzzle tout fait...
Franchement, c'est ici qu'il faut envoyer les touristes, c'est mieux qu'une carte postale cet endroit. De toute façon, je préfère les restos qui sont un peu bruyants avec des gens qui rigolent. C'est mieux que dans certains endroits où on n'a pas trop le droit de parler pour entendre les mouches voler, ça me rappelle la maison de retraite de ma mamy. Et c'est pas très marrant. Sinon, nous, on a mangé des endives en entrée avec des lentilles, puis du jambon à l'os. On sent qu'on n'est pas très loin d'une moutarderie car le cochon, il piquait un peu, mais bon.
Loïc et Christelle Le Payen, c'est sa sœur, ils sont bien sympas, ils nous ont offert le « féfé », ici, on dit pas café, on aime bien les diminutifs. Alors moi du coup maintenant je dirai le Féfé de France, ça fait mieux !
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