Champy veut se faire un nom... de domaine.
La maison de négoce beaunoise prend un virage stratégique. Mode de culture en biodynamie, acquisition de nouvelles vignes, elle affiche même le terme de « domaine » sur ses étiquettes.
Tout un symbole. Celle qui aimait se faire qualifier de « plus ancienne maison de vins de Bourgogne » s’apprête à révolutionner sa communication. Non pas pour renier ses origines mais pour rester cohérente à sa nouvelle orientation… Champy n’a rien contre l’image du négociant. La maison a été fondée dans la capitale des vins de Bourgogne en 1720, à une époque où l’on «négocie» le vin avec d’autres produits d’épicerie. Le bourgogne est un produit d’échange mais pas encore suffisant pour se suffire à lui-même. Les temps ont bien changé. Le négoce bourguignon a pris une place prépondérante sur l’échiquier international. Et c’est grâce à ce goût pour le commerce qu’il a su évoluer pour coller aux attentes de ses clients. C’est ainsi que les négociants ont entamé, avec l’arrivée de l’AOC, une montée en gamme. Ce que fait aujourd’hui Champy est donc logique, elle suit cette évolution, cette progression.
Mais le terme de négoce est presque devenu inapproprié. En tout cas, il ne correspond plus vraiment à la réalité. Pierre Meurgey le sait. C’est pour cela qu’il a décidé de changer de stratégie. « À partir du millésime 2010, la maison Champy laissera sa place à domaine Champy sur les étiquettes de nos vins». Un détail pour le consommateur, tout un symbole pour celui qui a beaucoup investi ces dix dernières années pour faire de sa maison une des plus prestigieuses de la place. Aidé par son œnologue grec, Dimitri Bazas, Pierre Meurgey s’est lancé dans une aventure qualitative assez périlleuse. Depuis dix ans, Champy s’est en effet orientée vers une agriculture biologique et même biodynamique sur certaines parcelles. À une époque où la biodynamie était considérée comme une pratique loufoque et inadaptée au climat bourguignon, Pierre Meurgey constate aujourd’hui les progrès réalisés par ces vins. « Nous sommes des gens pragmatiques, dit-il, et la qualité de nos vins est ce qui nous tient le plus à cœur avec la préservation
de l ’environnement. Nous avons donc voulu valider nos intuitions. Et les résultats ont été au-delà de nos espérances». Champy a concentré ses relevés sur une parcelle témoin, un beaune premier cru «Champs Pimont» de 0,63 hectare, l’un des vins les plus emblématiques de la maison. Les résultats observés sont intéressants. Car pour mieux comprendre, Pierre Meurgey et Dimitri Bazas se sont servi d’un point de comparaison, une parcelle voisine de quelques mètres, un beaune premier «Tuvilains», menée quant à elle en agriculture conventionnelle. Le Champ Pimont qui ne reçoit donc plus aucun traitement (pesticide, engrais, herbicide…) depuis 1999 affiche une progression constante de la maturité des raisins, avec des PH plus bas (pour une meilleure acidité, la colonne vertébrale du vin) et des vignes plus saines.
«Contrairement aux idées reçues, l’application des méthodes de culture en biodynamie n’entraîne pas de baisse de rendement significatifs, ni aucune augmentation notable des coûts de production, par rapport à l’agriculture conventionnelle, indique Pierre Meurgey. Mais surtout, la qualité des raisins se reflète dans les chiffres ! Nous sommes très heureux de la qualité des derniers millésimes et nous sommes sûrs que la biodynamie a joué un rôle important dans ce succès.»
Champy, qui a récemment fait l’acquisition du domaine Laleure-Piot, à Pernand-Vergelesses, a décidé de faire de la biodynamie une méthode de culture pour les 27 hectares qu’elle possède et une stratégie de communication à part entière. L’agriculture biologique n’est plus seulement réservée aux petits exploitants, parfois extrémistes, elle s’applique également parfaitement aux grandes maisons.
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La Maison Champy :
CA 2009 : 3,5 millions d’euros
Deux activités :
• Domaine Champy : 27 ha de vignes, 100% en biodynamie / 160.000 bouteilles
• Maison Champy (Domaine inclus) : 450.000 bouteilles
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