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Bu Par… Emeric Sauty de Chalon


Sa vie sa vie a basculé quand il a débouché un grand cru de Bordeaux. Enfermé dans une cave avec son meilleur ami à déguster ce qui se fait de mieux, il y a pire comme apprentissage de la vie.Mais l'avenir a donné raison à ses deux ambitieux qui ont fondé 1855.com, l'Hermès du vin sur Internet.

  C’est un enfant gâté Emeric Sauty de Chalon. Avec une trajectoire qui prend, quand on y pense, des allures de success story comme Hollywood les affectionne. Et tout commence comme dans un rêve : deux amis d’enfance qui s’enferment dans une cave de rêve pour s’initier aux joies de l’ivresse… Emeric Sauty de Chalon s’en souvient encore, forcément : « Pour mes 18 ans, mon père m’a offert les clés de sa cave », reprenant à son compte le célèbre « tu seras un homme mon fils » de Kipling. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Monsieur Sauty de Chalon a plutôt bon goût : sa réserve personnelle compte plus de 1000 des plus belles bouteilles de la planète. Le jeune Emeric aidé de son compère Thierry Maincent ne se remettront jamais de cette descente de cave inimaginable : des Sauternes d’avant-guerre, un Château Latour 1961, un Haut-Marbuzet 1982… Luxe ou sacrilège ?
« On buvait en regardant les cartes viticoles ». Toujours est-il que nos deux novices en profitent pour faire un apprentissage accéléré. Il y a ceux qui débutent avec des mauvaises vinasses, eux ont débouché le meilleur. « C’est l’apprentissage de l’amateur, rien de professionnel, juste la passion… c’est ce qu’on a voulu gardé à 1855 ». Peu importe l’ivresse pourvu qu’ils gardent le souvenir de leurs flacons. La suite leur donnera raison.

« Un Château Giscours 1970 magique »
 Le plus marquant pour le futur P-DG de 1855.com : un Château Giscours 1970 « magique » et puis il y a ces Latour, en particulier un millésime daté de 1961. Des grands moments qui restent gravés dans leur jeune mémoire (ils sont nés en 1973). Mais tout a une fin et la réserve de Monsieur Sauty s’épuise plus vite que nos deux élèves. L’histoire de 1855 commence ainsi, quand ils tentent de racheter les bouteilles qu’ils ont vidé. Difficile de retrouver de telles perles, il faut s’armer de patience et dénicher au compte-goûtes les grands crus bordelais. Une vraie « frustration » qu’ils leur donnent une idée : créer ce qui pourrait s’apparenter à une grande bibliothèque du vin sur Internet (ils ont déjà à l’époque le marketing dans la peau). Un petit tour par HEC et les voilà, en 1995, qui lancent 1855. À l’époque, Internet balbutie mais les jeunes chefs d’entreprise pratiquent déjà la vente en ligne sur Amazon.

Plus de 1 000 vins dégustés chaque année
Mais elle a rapidement le blues à jouer « les rats de bureau ». Le seul moyen de retrouver le terrain, c’est la presse. Elle tape à la porte de Boisson Restauration Actualité (BRA). Une chance pour elle de se faire un style et surtout de prendre le maquis et déguster, parfois 200 à 300 vins dans le week-end. « C’était l’euphorie dans la presse », se souvient-elle et c’est à cette époque que le groupe Marie Claire lui propose le poste de responsable de la rubrique vin. En 1994, elle sort le premier numéro de la nouvelle formule de Cuisine et Vins de France (elle garde d’ailleurs la première « couv » du magazine).
Le seul moyen de retrouver le terrain, c’est la presse. Elle tape à la porte de Boisson Restauration Actualité (BRA). Une chance pour elle de se faire un style et surtout de prendre le maquis et déguster, parfois 200 à 300 vins dans le week-end.
S’ils débutent avec les moyens du bord dans une chambre de bonne, ils n’en sont pas moins ambitieux avec l’objectif de bâtir « la première marque mondiale de vins fins ». Avec un système de flux tendu risqué qui les oblige à entretenir de bonnes relations avec leurs fournisseurs (ce qui leur vaudra d’ailleurs quelques sueurs froides avec le millésime 2005 bordelais très rare et très demandé). « Je me définis comme un marathonien », résume le natif de Montreuil qui se diversifie dans l’édition d’ouvrages (d’abord Bordeaux puis la Bourgogne, il le promet) et l’événementiel avec quelques belles soirées thématiques où les amateurs peuvent découvrir de très beaux vins à des prix très raisonnables. L’entreprise 1855 est elle aussi en pleine forme. Première augmentation de capital à quatre millions d’euros. Fin 2006, c’est le jackpot : la société qui reste contrôlée par ses fondateurs fait un nouveau tour de table de 15 millions d’euros et entre en bourse. Aujourd’hui, l’Hermès du vin compte 35 000 clients dans le monde pour un chiffre d’affaires qui s’envole à 16 millions d’euros. 
« On ne pénètre pas en Bourgogne par effraction »
Mais il aura fallu attendre 12 ans pour que 1855 s’intéresse à la Bourgogne : Il fallait du temps, raconte le président . On ne pénètre pas en Bourgogne par effraction. J’ai été éduqué aux grands Bordeaux, j’ai connu deux premières grandes émotions : un  bourgogne 1928 de François Aulouze et un Clos Vougeot 2001 signé Méo Camuzet qui avait des arômes de truffe et le sous-bois exceptionnels ». Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Emeric Sauty de Chalon n’est pas un marathonien de la dégustation, « je bous plus de thé que de vin », dit-il, mais il se souvient quand même de quelques dégustations hors deu commun, comme ce Lafite Rotschild 1787, « démentiel, se souvient-il . Même si ça ne dure que 30 secondes, vous avez Robespierre dans la bouteille ».